Confinement à Lyon : « Nous sommes les grands oubliés … – 20 Minutes

Société « Nous sommes les grands oubliés », le cri d’alarme des loisirs indoor
ECONOMIE Dans le Rhône, les parcs de loisirs d’intérieur sont fermés depuis le 10 octobre, sans espoir de pouvoir rouvrir avant 2021. Une situation catastrophique pour ces entreprises indépendantes
Dans son parc de loisirs, dans lequel résonnent habituellement les rires et cris des enfants, règne un silence assourdissant. Frappé de plein fouet par la crise sanitaire, le King Aventure de Dardilly, près de Lyon, est fermé depuis de longues semaines, comme les 2.000 structures de loisirs indoor (parc de jeux, bowling, escape-game, laser game) du territoire national.
« Sauf que dans la métropole, nous avons fermé dès le 10 octobre, lors du couvre-feu. Alors que presque partout ailleurs, nos collègues ont au moins pu terminer les vacances de la Toussaint avant de fermer au public », soupire Cédric Bousquet, gérant de ce parc de loisirs d’intérieur depuis 8 ans. Et le maigre espoir de pouvoir rouvrir avant la fin de l’année s’est envolé, mardi soir, lors de l’allocution, du président de la République, ne prévoyant pas de reprise pour ce type d’établissements, comme pour les bars et restaurants, avant le 20 janvier.
Une situation catastrophique pour les gérants de ces parcs d’intérieur, qui ont à honorer des charges fixes colossales. « On a tous de très gros loyers et des frais mensuels importants en raison de la taille de nos établissements. Moi, j’ai 17.000 euros de charges fixes, entre le loyer, les factures d’énergie, les frais comptables… », détaille le gérant de Dardilly, également représentant dans le Rhône du Space (Association des Espaces de Loisir Indoor).
Des frais considérables, donc, et peu de rentrées d’argent. Depuis mars, ces entreprises ont en effet perdu en moyenne 80 % de leur chiffre d’affaires, réalisé en grande partie à l’automne et en hiver. « Lorsque l’on a rouvert cet été après le premier confinement, la fréquentation de nos établissements a été mauvaise. Nous avons eu un été très ensoleillé. Les gens, qui avaient peur du virus, ont privilégié les loisirs d’extérieur », souligne-t-il. Le couvre-feu puis le second confinement est venu aggraver encore la situation. « Les vacances de la Toussaint, de Noël et de février sont nos grosses périodes. C’est comme si vous fermiez un camping l’été. Pour nous, les répercussions économiques de ces six mois d’arrêt sont colossales », poursuit ce gérant qui a perdu 200.000 euros de chiffre d’affaires depuis mars.
Grégoire Ros, qui a repris le Kids Galaxy de Saint-Bonnet-de Mûre en septembre 2019, n’est pas davantage épargné. « Le temps de lancer l’activité, la communication, après notre rachat, on a commencé à bien travailler en janvier. Nous étions contents. Mais le confinement de mars nous a coupé l’herbe sous le pied », confie le gérant à 20 MInutes. Pour lui aussi, l’été n’a pas été bon et l’automne, marqué par l’arrivée de la seconde vague épidémique, a été amputé d’une grosse partie de l’activité. Pour tenir, malgré tout, il a, comme ses confrères, puisé dans sa trésorerie et a cessé de se rémunérer depuis le printemps.
Lors du premier confinement, une aide de 1.500 euros par mois lui a été accordée par l’Etat. D’autres, installés dans l’agglomération lyonnaise, ont bénéficié d’une enveloppe supplémentaire de 1.000 euros de la Métropole. Depuis octobre, ces entreprises bénéficient désormais du Fonds de solidarité de 10.000 euros par mois. « Ces aides ne sont pas adaptées à notre situation et à nos charges fixes », regrette le représentant du Space, qui espérait une revalorisation du fonds de solidarité. Des espoirs douchés là encore par Emmanuel Macron.
Si bine qu’à Givors, la gérante de Pass Partoo craint de ne pas se relever de la crise. Après huit ans d’investissement et « beaucoup de travail » dans son parc de jeux, elle a dû prendre un mi-temps de comptable récemment pour payer le loyer.de sa maison. « J’ai 15.000 euros de charges fixes. Les 10.000 euros du fonds de solidarité ne suffisent pas. Ma trésorerie a fondu. Je ne vois pas comment je vais réussir à tenir, regrette Régine Agasse, qui gère seule la structure, avec deux petits à charge. La situation est critique. J’envisage forcément la fermeture. Il faut bien que je puisse faire vivre mes enfants ».
Des cas comme celui-ci, le Space craint d’en voir se multiplier dans les prochains mois. D’autant que la reprise reste très incertaine. « On nous dit le 20 janvier si la situation sanitaire s’est améliorée. Mais je ne le sens pas bien. Tout le monde va faire la fête le 31 décembre. Cela va être une hécatombe en début d’année et en février, on reconfine », s’inquiète Grégoire Ros, qui tient aujourd’hui grâce au soutien financier de ses parents. Car sa situation financière aussi est alarmante. Et sa propriétaire peu compréhensive. « J’ai demandé une baisse mes loyers en expliquant que je ne pouvais pas payer. Elle m’a envoyé les huissiers », ajoute ce gérant, déterminé malgré tout à « sauver son entreprise ».
Pour que le secteur des loisirs indoor, qui représente 12.000 salariés en France, puisse résister, le Space demande à l’Etat d’abonder le fond de solidarité de 7.000 euros supplémentaires sur dix mois. « Le premier trimestre 2021 sera tout aussi mauvais pour nous. Avec les masques obligatoires pour les enfants de 6 ans et le virus qui sera toujours là, la fréquentation risque de na pas être bonne même si on rouvre. Si l’aide qu’on nous apporte est à la hauteur de nos charges, on pourra s’en sortir », ajoute Cédric Bousquet, soucieux que le cri d’alarme des petits parcs soit enfin entendu.
Jusqu’à présent, par rapport aux grands parcs, à l’instar de Disneyland, du Puy du Fou, ou du parc Astérix, les gérants de petites entreprises ont le sentiment d’être « les grands oubliés ». « On ne parle jamais de nous. Les politiques ne nous connaissent pas, comment voulez-vous qu’ils nous défendent correctement », déplore Régine Agasse.
Pour gagner en visibilité, ces entreprises ont lancé une pétition, signée à ce jour par près de 11.000 personnes. Un signe encourageant pour ces spécialistes du loisirs qui veulent y voir un signe de soutien des familles qui fréquentent habituellement leurs lieux pour se divertir et amuser leurs enfants.
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